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ROBERT ENRICO – LES ANNEES 60

Rétrospective complète en 5 chapitres

A partir du 6 décembre 2018

au cinéma LUMINOR HÔTEL DE VILLE, Paris (4e)

 

L’édito – Robert Enrico, célèbre avant d’être connu…

Au terme de deux ans de recherche et préparation, il est désormais possible de parcourir en quelques heures dix ans d’histoire du cinéma français, à travers le portrait d’un cinéaste que rien ne prédestinait à une carrière commerciale et aux succès populaires de films devenus cultes (Les Grandes Gueules, Les Aventuriers). On découvrira que tout au contraire Robert Enrico a du longtemps batailler malgré le succès critique de ses tout premiers films, et a fini par s’imposer en allant à la rencontre du public sans pour autant rompre avec ses exigences artistiques et personnelles. Cela lui a valu un lent et long divorce avec une partie de la presse française, férue de « politique des auteurs » héritée de la Nouvelle Vague, aux yeux de laquelle Robert Enrico est définitivement resté inclassable.

Il était donc temps de redécouvrir une grande figure du cinéma français, à qui l’on doit – le saviez-vous – une Palme d’Or à Cannes et un Oscar à Hollywood (son splendide court métrage datant de 1962 : La Rivière du hibou, que l’on étudie encore dans les écoles de cinéma aux USA), et de véritables pépites. L’une de nos favorites s’intitule Thaumetopoea, un film scientifique commandité par le Ministère de l’Agriculture, qui décrit les travaux des chercheurs de l’INRA pour exterminer la chenille processionnaire du pin, qui ravage les forêts de Bretagne et de Provence. Renversant les rôles, Enrico transcende les codes du cinéma institutionnel et transforme un sujet potentiellement rébarbatif en véritable western dans lequel la fragile caravane des chenilles, telles les colons de l’Ouest américain, affronte la froide détermination des agresseurs en blouse blanche. La musique est le deuxième personnage du film : elle construit un univers où flûte, guitare et piano (le monde des chenilles) s’opposent aux sonorités déformées d’un véritable orgue de verres à eau élaboré par François de Roubaix, compositeur génial et complice de Robert Enrico sur tous ses films jusqu’au Vieux Fusil. Le résultat est à la hauteur du pitch, ce court métrage de commande triomphe dans les festivals. Invisible depuis plus de 50 ans, Thaumatopoea a été magnifiquement restauré, c’est l’un des petits trésors à débusquer dans cette rétrospective. On découvrira aussi un Robert Enrico politiquement engagé, dans son premier long métrage largement autobiographique, La Belle vie, et un Robert Enrico sensible et intimiste dans le Paris nocturne, pré-68, de Tante Zita.

Pour exposer ce travail de restauration, nous avons conçu un programme exclusif comme les 5 chapitres d’une histoire. Nous aurons plaisir à vous raconter cette histoire en compagnie de Jérôme Enrico, fils du cinéaste, cinéaste lui-même, et directeur d’une école de cinéma ! Chaque séance comprend un court et un long métrages, dont nous raconterons ce qui les relie l’un à l’autre. Comme pour beaucoup de cinéastes de sa génération, les années 60 constituent une décennie d’apprentissage où Robert Enrico, du film d’art & essai au cinéma populaire, cherche, expérimente, tente, et réussit bien souvent. Au sommaire :

Chapitre 1 : « Le cinéma a besoin de vedettes ! » : où l’on apprend comment Robert Enrico est passé du cinéma d’auteur aux succès populaires. Nous projetterons La Rivière du hibou (son chef d’oeuvre !) puis Les Grandes Gueules.

Chapitre 2 : « Je hais la guerre ! » : où l’on découvre un cinéaste politiquement engagé, victime de la censure. Nous projetterons un très émouvant film court intitulé Chickamauga (le nom d’une des plus effroyables batailles de la guerre de Sécession vue à travers le regard d’un enfant) suivi de son film sur la guerre d’Algérie au titre subtilement ironique, La Belle vie.

Chapitre 3 : « Musique ! » : où s’exprime pleinement la complicité artistique entre Robert Enrico et François de Roubaix. Ce sera l’occasion ou jamais, car littéralement unique, de voir Thaumetopoea sur grand écran, suivi du cultissime Les Aventuriers.

Chapitre 4 : « Robert et les femmes » : où l’on démystifie l’image d’un cinéma « d’hommes », ou quand réalité et fiction se rejoignent autour de beaux personnages féminins. Nous présenterons Tante Zita, suivi du récit par Jérôme Enrico, de ses retrouvailles, 50 ans plus tard, à Los Angeles, avec celle qui fut un temps une révélation et la muse de son père, l’actrice canadienne Joanna Shimkus.

Chapitre 5 : « Robert et les acteurs » : où l’on dévoile les rapports complexes de Robert Enrico avec ses stars : Lino Ventura, Philippe Noiret, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, mais aussi, voire surtout, Romy Schneider, Catherine Deneuve (à travers l’histoire d’un film brutalement interrompu après 2 semaines de tournage : Coup de Foudre) ou encore Brigitte Bardot. Ce sera l’occasion de redécouvrir un film peu connu, Ho !, unique collaboration entre Robert Enrico et Jean-Paul Belmondo.

Enfin, si nous avons emmené suffisamment de monde avec nous jusque là, nous proposerons peut-être une « séance bonus« , pendant laquelle les cinéphiles pourront découvrir tous les courts métrages des débuts. La séance sera complétée par l’histoire de la restauration des films de Robert Enrico, avec un autre inédit, le beau Montagnes Magiques, qui célèbre la grandeur des Pyrénées et le génie humain à l’aune des Trente Glorieuses !

Les dates et horaires des séances